Ce que la Cour des comptes révèle, c’est la surface — le reste est bien pire : Exemple à la SONADER

La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel. Comme à l'accoutumée : les chiffres, les irrégularités et les constats de mauvaise gestion s’enchaînent, mais ne surprennent plus personne. Les lecteurs du blog Khlawna le savent depuis longtemps : la corruption dans les projets publics est devenue un mode de gestion à part entière, une mécanique bien huilée qui se cache derrière des dossiers administratifs parfaitement ficelés. 

Le problème, c’est que la Cour des comptes ne voit qu’une partie du tableau. Son regard se limite aux aspects comptables et procéduraux. Elle vérifie les signatures, les dates, les factures, mais ne s’aventure jamais sur le terrain technique, là où se joue le véritable pillage.

Car que peut faire la Cour des comptes face à un projet de génie civil dont les rapports sont impeccables mais les quantités et les qualités n'ont pas été respectées en grande partie ? Rien. Elle se contente juste de constater que « les pièces justificatives sont présentes ».

Le projet suivant est "la sélection d'un consultant pour l'étude de réalisation d'un axe hydraulique pour la viablisation et le développement d'un potentiel agricole de 50 000 ha dans la wilaya du Brakna". 
Avis d'attribution du marché

Sur le papier, tout est parfait. Le contrat a été attribué à l’association des bureaux MCG (Mauritanie) et SCET Tunisie. Montant du marché : près de 260 millions d’ouguiyas.

Selon les spécialistes, une étude de ce type ne devrait pas dépasser 60 millions d’ouguiyasD’ailleurs, l’intitulé du marché est déjà trompeur. La SONADER y a ajouté la mention du « potentiel agricole de 50 000 ha » pour faire croire à une grande étude, alors qu’il ne s’agit que d’un simple axe hydraulique. Une astuce classique pour gonfler les montants et tromper le publicAlors, où sont passés les 200 millions restants ?

La réponse est simple : ils serviront à nourrir le réseau habituel – la direction de la SONADER et ses complices parmi les prestataires. Le bureau MCG, déjà connu pour son rôle dans le scandale de la route Keur Macène – N’Diago, refait surface dans cette nouvelle affaire. 

Voilà comment se construit la corruption moderne en Mauritanie : avec des documents impeccables, des marchés bien attribués, des signatures en règle. Tout est conforme, tout est « légal ». Et pourtant, c’est un pillage.

Ces 200 millions d’ouguiyas ne figureront jamais dans les rapports de la Cour des comptes ni dans ceux de l’IGE. Ils se seront évaporés dans le système, partagés entre les acteurs d’une administration devenue experte dans l’art de détourner sans laisser de trace.

Nous aurons l'occasion de revenir sur le sujet de la SONADER et les acteurs qui gravitent autour et qui ont une responsabilité historique dans l'échec des politiques agricoles du pays.

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