Le problème, c’est que la Cour des comptes ne voit qu’une partie du tableau. Son regard se limite aux aspects comptables et procéduraux. Elle vérifie les signatures, les dates, les factures, mais ne s’aventure jamais sur le terrain technique, là où se joue le véritable pillage.
Car que peut faire la Cour des comptes face à un projet de génie civil dont les rapports sont impeccables mais les quantités et les qualités n'ont pas été respectées en grande partie ? Rien. Elle se contente juste de constater que « les pièces justificatives sont présentes ».
Selon les spécialistes, une étude de ce type ne devrait pas dépasser 60 millions d’ouguiyas. D’ailleurs, l’intitulé du marché est déjà trompeur. La SONADER y a ajouté la mention du « potentiel agricole de 50 000 ha » pour faire croire à une grande étude, alors qu’il ne s’agit que d’un simple axe hydraulique. Une astuce classique pour gonfler les montants et tromper le public. Alors, où sont passés les 200 millions restants ?
La réponse est simple : ils serviront à nourrir le réseau habituel – la direction de la SONADER et ses complices parmi les prestataires. Le bureau MCG, déjà connu pour son rôle dans le scandale de la route Keur Macène – N’Diago, refait surface dans cette nouvelle affaire.
Voilà comment se construit la corruption moderne en Mauritanie : avec des documents impeccables, des marchés bien attribués, des signatures en règle. Tout est conforme, tout est « légal ». Et pourtant, c’est un pillage.
Ces 200 millions d’ouguiyas ne figureront jamais dans les rapports de la Cour des comptes ni dans ceux de l’IGE. Ils se seront évaporés dans le système, partagés entre les acteurs d’une administration devenue experte dans l’art de détourner sans laisser de trace.

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