Le site Alakhbar.info a récemment levé un coin du voile sur le blocage de l’extension du projet Aftout Essahli, lancé en urgence il y a plus d'un an pour faire face à la crise aiguë de l’approvisionnement en eau à Nouakchott. Toutefois, l’article ne met pas en lumière l’ensemble des causes de cette situation, que nous allons préciser ici. Le Ministère vient d'annuler la procédure à la demande de coordination du projet, présidé par le chevalier de la soif Oumar Kane.
Pour rappel, le projet a été financé en urgence par le trésor français sur sollicitation de la Présidence de la république. Une fois les fonds débloqués, le trésor français a recruté en une durée de 3 mois l'entreprise des travaux. Le trésor avait laissé le soin au ministère de recruter le bureau de contrôle, parmi les bureaux français.
L'évaluation a été faite par la coordination du projet Aftout Essahili. Pour accélérer les choses, le mode de passation choisi été la "Qualification des Consultants". Ce mode de passation, parfaitement légal, permet de classer les candidats suivant leurs compétences techniques et ensuite négocier avec le premier. Si la négociation n'aboutit pas avec le premier, la coordination du projet négocie avec le deuxième et ainsi de suite. L'objectif de ce mode de passation est d'aller vite. La procédure aurait dû durer 2 mois et nous en sommes aujourd'hui à 9 mois et elle n'a pas abouti à la sélection d'un bureau car elle vient d'être annulée.
Vous vous demandez, pourquoi la procédure a été annulée après 9 mois ?
Il faut savoir que Oumar Kane avait orienté l'avis de sélection des bureaux dès sa rédaction afin de favoriser son candidat favori, le cabinet Merlin. Il a déjà travaillé avec le Cabinet Merlin pendant des années et aujourd'hui il lui sert de VRP commercial. Pour ceux qui suivent l'actualité du ministère de l'hydraulique, le Cabinet Merlin ne gagne exclusivement qu'avec le projet d'Aftout Essahili. Curieuse coïncidence !
Cette fois-ci, il lui a imposé le sulfureux bureau mauritanien ESABR, sur injonction de la ministre de l'hydraulique et de l'assainissement.
Au passage, ESABR est revenu au-devant de la scène, après la grave affaire d'AUBTP, depuis la prise de pouvoir de l'actuel premier ministre. En effet, Mounir Ould Ahmed El Hadi, le directeur général d'ESABR, et Ould Diaye, issus de la même ville, sont des alliés politiques et le premier ministre utilise ESABR indirectement pour mettre la main sur les projets.
Oumar Kane a annulé la procédure sans passer aux autres bureaux classés, ce qui aurait été conforme à la procédure. Sur conseil de ce dernier, le Cabinet Merlin a rejeté les conditions financières actuelles du projet. Toutefois, Oumar Kane a refusé d’engager des discussions avec le deuxième candidat, misant sur une dégradation de la situation du projet afin de s’en servir, avec la complicité de la ministre, pour justifier une rallonge budgétaire. Il estime que le budget alloué est insuffisant et a maintenu délibérément le statu quo dans l’attente d’une augmentation des crédits, alors même que les ressources prévues sont largement adéquates. En réalité, sa ministre et lui considèrent que le budget actuel ne leur laissait qu’une marge limitée, ce qui les a conduit à bloquer le processus. Pourtant, la démarche normale aurait été d’ouvrir des négociations avec le candidat suivant, susceptible d'accepter les conditions financières du projet, pour choisir dans le temps le bureau de contrôle.
Oumar Kane n'ouvrant pas des négociations avec les candidats suivants par peur que le projet échappe à son poulain, a décidé de simplement annuler la procédure. Cette annulation, couplée au grand retard pris par le projet, permettront de justifier le passage à un marché gré à gré. Comme il a la complicité de la ministre, il fera donc appel au Cabinet Merlin ou un autre bureau complice pour une entente directe.
Pendant ce temps, Nouakchott continue de faire face à ses problèmes en matière d’accès à l’eau potable, et ce n'est pas prêt à changer.

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